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L’information technologique chinoise, arme de développement
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Pensée au travers du prisme du développement économique, l’information technologique chinoise ne communique pas avec le reste du monde. Stratégie efficace ou contre-productive ? |
Compte rendu de conférence KnowMade (suivre le lien après l'article).
Selon Nadège GUENEC*, les deux chiffres qui suivent sont d’une réelle utilité pour comprendre la Chine d’aujourd’hui, et doivent être mis en relation : en 2009 la RPC déposait 250.000 brevets (alors qu’elle n’en déposait quasiment aucun en 1987) contre 450.000 pour les USA, autant pour le Japon et 130.000 pour l’UE (Source : OMPI). Par ailleurs, en 2007 la RPC abritait sur son territoire 670 villes (dont 90 de plus de 1 M d’habitants) contre 69 en 1940.
Les années 90 : industrialisation et instabilité
La décennie 90 furent orientées par les gouvernants Chinois en direction de la création d’entreprises privées. Il s’agissait alors d’encourager l’industrialisation à valeur ajoutée (c’est-à-dire « hors assemblage »), l’État accompagnant les entreprises stratégiques. Ainsi, dès 1998, le pays fêtait son 1er million de tonnes de brut par mois et l’agriculture ne représentait plus que 7% du territoire, avec un taux de pollution record (Selon l'ONG américaine Blacksmith Institute, Linfen, petite ville de la Chine centrale qui fut la capitale du pays il y a +4000 ans, est la cité la plus polluée au monde). L’une des conséquences de la faible qualité de vie qui découla de l’industrialisation à outrance fut une grande instabilité de la société. Le discrédit dont fut frappé le parti obligeât le gouvernement à innover tout azimut pour retrouver un nouvel élan national : Innover dans l’organisation de la société, dans la gestion de l’environnement et dans les technologies pour assurer malgré tout le développement du pays et poursuivre l’œuvre de reconquête de sa position de « centre du monde ».
Les années 2000 : le développement technologique
Peu touché par la crise asiatique de 1998, la Chine adhère à l’OMC en 2001. C’est à partir du début de cette décennie que l’on assiste au « boom scientifique chinois ». Ce « bon en avant technologique » est le fruit d’une stratégie délibérée du pouvoir qui se détourne désormais de l’industrialisation à tout rompre pour favoriser une appropriation de l’innovation technologique. Ce processus s’est rapidement traduit par une explosion du nombre de dépôts de brevets en Chine, mais aussi par un phénomène de « récupération des cerveaux » échappés de Chine lors de la décennie précédente, et par un effort d’investissement colossal en R&D (+18% de croissance des dépenses annuelles entre 1997 et 2006, contre +5% aux USA, +3% au Japon, +5% en UE et +5% en moyenne pour les pays de l’OCDE). Pendant ce temps l’industrialisation du pays ne fléchit pas vraiment et la Chine consomme désormais 15 M de tonnes de brut mensuels en 2009 (à rapprocher du seuil des 1 M de tonnes franchi 20 ans plus tôt).
Le rôle stratégique de l’information scientifique et technologique
L’information scientifique et technologique en RPC s’est peu à peu mise à jouer un rôle majeur dans le combat du pays pour sa conquête d’une place de leader mondial. Elle s’appuie tout d’abord sur une maitrise sans faille de la diffusion. Ce remarquable exploit (à l’échelle d’un pays aussi vaste et peuplé) repose autant sur les 60.000 cyber-policiers qui traquent la toile à la recherche de toutes sortes d’indiscrétions, qu’à l’exemple des 4 à 6.000 personnes emprisonnées chaque année pour leur propos contraires à l’intérêt du pays. En outre, les éditeurs, responsables de leurs contenus, sont les 1ers à exercer une autocensure… aidés par Tchin Tchin et Tcha Tcha, deux incroyables (et terrifiantes ?) figurines pop-up lancées sur l’écran des utilisateurs supposés dépasser la ligne jaune. La délation est également encouragée, au travers de sites ouverts à tous, tel http://cyberpolice.cn.
« Du pain et des jeux » … et quelques sites d’information
Le pays n’échappe pas à ce principe de gouvernement vieux comme le monde. Ainsi, l’usage qui est fait du web par une population d’utilisateurs jeunes est essentiellement tourné vers les jeux (80% des 384 M d’utilisateurs en 2009 a moins de 40 ans, 59% a moins de 30 ans et 31 % moins de 20 ans)…. Autant dire que les sites d’information scientifique chinoise ne rencontrent pas un franc succès auprès de la population. Quelques sites fournissent tout de même une information en chinois. Peu fiables, nous dit Nadège Guénec, ils sont partiellement traduits en anglais (www.tydata.com et www.cnki.net ). Globalement, il semble possible de dire que l’information scientifique et technologique est présente sur des sites chargés de diffuser des contenus parfaitement maîtrisés à l’intention des autres populations du monde (http://french.cri.cn). Un certain type d’information scientifique et technologique Chinoise se retrouve tout de même sur des sites de syndicats professionnels, ou sur les bases de données de brevets chinois telles www.sipo.gov.cn/sipo English (même s’il convient de noter le peu d’informations divulguées sur leurs brevets par les chercheurs chinois). En matières économiques les choses ne vont pas mieux : «l’information financière en tant que telle n’existe pas en Chine, précise en outre Nadège Guenec. Pour connaître la valeur d’une entreprise il vous faudra aller très loin dans la négociation et ne pas craindre d’avancer… avant de vous apercevoir que vous faites peut-être fausse route… ».
Une stratégie qui provoque déjà des parades dans les camps adverses ?
Devant l’opacité de l’information scientifique en Chine, plusieurs site occidentaux ont vu le jour**. Ils se proposent tous d’informer le lecteur selon leurs propres domaines de compétence ou leur position de media, de connaisseurs vivant à l’intérieur ou à l’extérieur de Chine, de fondations, etc. « Une règle reste cependant de mise précise Nadège Guénec, pour pénétrer les milieux chinois (d’affaire, scientifique, etc) il est indispensable de collaborer avec un sinisant et de décoder les informations reçues de ses interlocuteurs afin de repérer les informations qui seront produites à plusieurs reprises… signe qu’elles ont quelque rapport avec la réalité ».
Selon Nadège Guénec, une stratégie serait peut-être en train de voir le jour parmi les communautés scientifiques et industrielles américaines qui s’affrontent à ce véritable mur du silence Chinois : limiter le nombre de dépôts de brevets afin d’éviter la diffusion des savoirs et des technologies. En s’opposant ainsi à une stratégie chinoise d’inondation de la planète sous la masse de brevets lui permettant d’occuper chaque jour davantage le marché des nouvelles technologies, une stratégie de dérégulation serait-elle en train de prendre pied sur le marché mondial des produits issus de l’innovation ?
* Docteure en science de l’information, 6 années passées en Chine dans les services diplomatiques français ou au sein de grandes entreprises agroalimentaires. Nadège Guénec avait donné en décembre, à Sophia Antipolis une conférence sur l’état de la science en Chine organisée par KnowMade avec laquelle elle collabore régulièrement.
** http://china.blogs.time.com http://icilachine.com http://www.objectif-chine.com http://www.rue89.com/chinatown http://www.guardian.co.uk/world/china http://www.leventdelachine.com |
Jean Pellegrino [Doolit_Fr] (France) - Mardi 9 Mars 2010
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